Loulou, la perle voilée
La perle voilée
(de Mirjam de Hoop)
Avec l'autorisation de Portes ouvertes
« As-salaamu aleikum.
La paix soit avec vous ! »
Tout le monde vous lance le même salut sympathique : la petite bergère timide, les garçons sur leur âne, le vieil homme qui conduit la caravane de chameaux, les femmes chargées d'un énorme fagot de bois sur la tête. Je marche depuis des heures dans les wadi, les lits de rivières asséchées. A mon avis, il n'y a pas eu d'eau ici depuis des années. Tout est tellement sec ! Pas la moindre tâche de verdure. Je m'assieds un instant sur un gros rocher et je bois quelques gorgées d'eau à ma gourde.
Tiens, qu'est-ce que je vois ? Je me penche et je distingue une fleur minuscule, rouge feu et pas plus grande qu'une tête d'allumette. Qui a pu la placer là ? Oui, Dieu, bien sûr, mais pourquoi cachée ainsi derrière un rocher où personne ne la voit, où les chameaux et les chèvres ne peuvent que lui marcher dessus, où les hommes et les femmes passent devant elle sans même la remarquer ? Pourquoi se tient-elle là si fière et heureuse de fleurir ? Attendait-elle qu'un jour une promeneuse solitaire puisse la voir ? Puis tout à coup je comprend qu'elle est là pour Dieu lui-même, qu'il est heureux de son existence, que la petite fleur cachée éclôt ici en son honneur. Dieu a créé cette humble fleur parce que c'est une joie pour lui. Et tout en regardant cette petite fleur discrète, soudain je repense à Loulou.
Loulou
Loulou était une jeune musulmane. Son nom signifie « perle » . Bien qu'elle n'ait jamais tenu une vraie perle dans ses mains, elle a toujours rêvé que cela lui arriverait un jour.
Son infortune a commencé dès le moment de sa naissance. Oh ! Quel affreux bébé !
D'accord, il venait d'Allah, mais tout de même….
Personne n'a jamais su pourquoi on l'a appelée « Perle ». Qui a déjà vu une perle aussi moche ? Loulou boitait, louchait et était si laide ! Pauvre Loulou, comme les autres se moquaient d'elle ! « Hou, la louchonne ! » « Hou, la boiteuse ! » Heureusement, elle dut bientôt se voiler. Au moins, personne ne verrait plus son visage. On lui disait seulement : « Hou, la boiteuse ! » . Chaque, fois cela lui perçait le cœur. Elle n'a jamais pu s'y accoutumer.
Quelqu'un avait-il jamais compris combien elle souffrait ? Quelqu'un a-t-il su voir quelle gentille fille se cachait sous le voile ? Quelqu'un a-t-il compris qu'elle avait besoin d'amour comme n'importe quel enfant ? Non, personne. Tout le monde la rabrouait. Tout le monde la raillait. Parfois même on la battait.
Elle travaillait, travaillait depuis tôt le matin jusque tard le soir. Elle allait chercher de l'eau au puits, puis revenait péniblement, son seau lourd sur la tête; Elle aidait aux travaux des champs, elle s'activait à la maison, elle cuisait le pain, elle préparait les repas, elle nettoyait. Et personne n'avait un mot gentil pour elle.
Pour une bouchée de pain
Le temps le plus heureux de sa vie, ce furent les quelques années où elle pouvait aller à l'école. Mais cela ne dura pas longtemps. « C'est absurde ! » décréta son père. « Pour quoi une fille devrait-elle étudier ? Comme s'il fallait savoir lire pour faire du meilleurs pain !Allez ! Au travaille, la boiteuse ! » Mais elle avait appris à lire. Voilà quelque chose que personne ne pourrait lui reprendre.
On la tourmentait, on se moquait d'elle, mais jamais elle ne pleurait. Elle avalait tout en silence, courageusement. Elle cachait sa peine au fond d'elle même. Le mariage ? Quelle question ! Qui voudrait d'une jeune fille difforme ? Et pourtant un jour, un horrible jour, arriva ce vieil homme qui avait déjà deux femmes. Il épouserait encore volontiers une jeune comme elle, dit-il à son père. "Il parait qu'elle est travailleuse. Cela tombe bien, parce que mes deux femmes sont trop âgées, trop fatiguées et trop paresseuses". On ne pouvait pas espérer plus pour une fille qui boîte et qui louche.
Le mariage ne mérita même pas le nom de cérémonie, tant Loulou était malheureuse. Des bijoux en or qu'une fiancée porte pour son mariage, il n'en fut pas question, pour elle. Pas la moindre parure.
Après son mariage, la vie ne fut que plus dure pour Loulou. Jusque-là c'était l'enfer, mais maintenant… Une corvée perpétuelle. Les autres épouses ne levaient pas le petit doigt pour l'aider, mais elles ne se privaient pas de se moquer d'elle. Si au moins elle avait pu avoir des enfants ! Cela l'aurait peut-être consolée. Mais même ce bonheur lui était refusé. Si seulement elle était morte !
C'est à cette époque-là que je l'ai rencontrée. C'était un matin près du puits. J'ai vu comme on la poussait de côté et comme elle devait patiemment attendre que les autres femmes aient toutes rempli leur seau. Pour puiser l'eau elle écarta son voile un instant et je pus voir ses yeux. Non, j'ai à peine remarqué qu'elle louchait. Ce que j'ai vu, c'est son regard infiniment triste. Quand j'ai passé mon bras sous ses épaules lasses, elle a tressailli. Jamais personne ne l'avait touchée ainsi. C'est comme si quelqu'un découvrait la vraie Loulou.
Je l'ai revue le lendemain, puis le surlendemain, puis les jours, les semaines, les mois qui suivirent. Lentement, je commençai à gagner sa confiance. Elle épancha son cœur pour la première fois de sa vie. Pour la première fois, elle avait quelqu'un qui l'écoutait et ne riait pas d'elle, ne l'insultait pas, ne la rejetait pas. Une amitié grandit là, près du puits.
La petite fleur rouge feu.
Puis arriva le moment où je devais quitter le pays. Comme Loulou allait me manquer! La veille de mon départ, je lui donnais un petit livre, un précieux petit livre parlant de Dieu. Elle le cacha en sécurité sous son voile. Ce fut la dernière fois que je la vis sur cette terre.
Quand je retournais dans son pays, bien des années plus tard, j'appris ce qui lui était arrivé. Elle avait lu et relu ce ce livre chaque fois qu'elle était seule quelques instants. Dans l'unique endroit où personne ne venait, dans sa malle a habit, elle cachait son trésor après l'avoir lu. Que devait-il se passer dans son cœur quand elle étendait son tapis de prière, cinq fois par jour, en direction de la Mecque? Nul ne le savait que Dieu seul.
Son mari s'est mis à la battre de plus en plus. Ses co-épouses la haïssaient toujours plus. Un jour, l'une d'elles fouilla dans sa malle et découvrit le petit livre. Elle la trahit. Loulou fut battue a coups de poing et de pied jusqu'à ce qu'elle avoue sincèrement qu 'elle croyait en Jésus, le Fils de Dieu. Alors, comme le veut l'islam, elle fut exécutée.
Quelqu'un m'avait dit où se trouvait sa tombe. On ne connais pas les pierres tombales, ici. On place de simples pierres dans le sol : une pour un homme, deux pour une femme. Mais apparemment, Loulou n'était même pas digne d'une pierre! Les larmes ruisselaient sur mes joues, j'allait chercher deux pierres et les posai soigneusement sur sa tombe. Et à travers mes larmes j'aperçus justement une des ces fleurs minuscules, une de ces fleurs rouge feu. Non, les gens ne l'avaient pas vue, mais Dieu, lui, l'avait vue. Pour lui, Loulou avait été une petite fleur comme cela.
Cette nuit-là je fis un rêve. Un rêve si réel que je suis sûre qu'il était vrai. J'ai vu Loulou. Elle marchait vers le trône du Seigneur Jésus. Elle était voilée et boitait toujours. Je vis Jésus écarter délicatement son voile et la prendre affectueusement dans ses bras. Je l'ai vue pleurer contre Lui. Elle pleurait, pleurait, pleurait. Toute sa tristesse et toute sa souffrance, les larmes qu'elle avaient retenues sa vie entière, se déversaient enfin. Je vis Jésus lui-même sécher toutes ses larmes et je n'en crus pas mes yeux : sur lui, toutes ses larmes s'étaient changées en perles ! Riant ensemble, Jésus et Loulou firent de ces perles un collier. Et tandis qu'il lui passait tendrement le collier autour du cou, je l'entendis murmurer : « Loulou, ma perle de grand prix ! »
Quand elle le regarda, je vis son visage. Je retins ma respiration. Jamais je n'avais vu un visage aussi heureux ! Elle rayonnait comme le soleil, elle était parfaitement détendue. Elle repartit ainsi, marchant fièrement debout et ne boitant plus. Ils marchaient main dans la main, Jésus et sa perle de grand prix.
Matthieu chapitre 5
Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !
Heureux les affligés, car ils seront consolés !
Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde !
Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu !
Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous, lorsqu'on vous outragera, qu'on vous persécutera et qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi.
Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux ; car c'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous.

Commentaires